Le secret des sources et l’esprit des lois
A propos des libertés fondamentales.
Le 14 février 2005.
Le 13 janvier 2005, une perquisition au Point et à l’Equipe suite à la révélation dans leurs pages d’éléments de l’instruction de l’affaire Cofidis, couverts par le secret, relançait le débat sur la liberté de la presse. Et les journalistes du Point de couvrir deux colonnes dans le numéro suivant, ce afin de clamer qu’ils ont effectivement violé la loi en dévoilant certaines informations confidentielles, mais que ça n’est pas une raison pour contourner le secret des sources. « Le choc de deux logiques », selon Franz-Olivier Giesbert, opposant la liberté, pour les journalistes, et la loi, pour les juges. Ne serait-ce pas plutôt deux poids deux mesures ? Car quoi qu’on pense de l’interprétation de la loi faite par le juge ayant délivré ce mandat de perquisition, le journal n’avait pas à dévoiler des éléments d’une instruction en cours, secret qui ne sert pas à brider la liberté d’information, mais bien à protéger, pour le coup, les protagonistes d’affaires compliquées, et qui ont droit, eux, à la présomption d’innocence, que ne manquent pas d’écorner les publications effectuées par le Point et l’Equipe.
Nous sommes, comme on le sait depuis que Voici ou Gala enchaînent les procès pour violation de la vie privée et du droit à l’image, dans une logique de marché. Les journaux sont des éléments de groupe de presse, dont le but évident n’est pas la défense des droits, mais bien la poursuite du profit, objectif respectable dans toute société libérale, et dont profitent les grands noms de la presse, qui n’ont jamais, bien leur en prend, craché sur l’argent ainsi récolté. Dès lors, la véritable question que se pose un directeur de publication n’est pas de savoir si ce qu’il publie est juste, ou même légal, mais bien de savoir si cela va faire vivre son journal en terme de ventes. L’équation devient la suivante : Combien risque-t-on en publiant une information, et combien gagne-t-on en la publiant. Tant que ce rapport restera positif, les journalistes ne défendent pas la liberté d’expression. Ils défendent les intérêts financiers de leur journaux respectifs.
Dans une démocratie, l’état a pour but de protéger les citoyens. Et malgré les nombreuses erreurs et imperfections du système judiciaire, il fonctionne. Quels cas font donc le Point et l’Equipe des personnes qui pourront pâtir de leurs révélations ? Quelle importance a pour Gala la vie de ceux qu’il affiche en première page ? Les journaux ne protègent en aucun cas les citoyens ou leurs libertés, tout juste les aident-ils parfois à s’interroger, et encore. Les juges, eux, n’ont pour seul objectif que la protection de l’individu, quel que soit ses moyens, et peu importe, parfois, que l’un d’eux interprète la loi de façon singulière. Tant que ceux-là ne seront sous l’emprise de personne, financière notamment, ils mériteront plus la confiance des citoyens que des journaux qui, retranchés avec brio derrière la sacro-sainte liberté journalistique, sont prêts à tout publier, pourvu que l’argent suive.
Luc-Jérôme André
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