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Les autoroutes de pensées


Le 9 octobre 2004.

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©Luc-Jérôme André

Nous sommes sur des autoroutes. Les autoroutes de l’information, les autoroutes de l’économie, les autoroutes du ciel. Tout cela nous lie aussi sûrement qu’un pacte ne pourrait le faire, nous mettant, tous, à porter de communication. Ce que l’on dit moins, c’est que nous sommes aussi sur des autoroutes de pensées. Et que les chemins de traverse pour nos destins sont peu à peu encombrés d’orties.

Prenons l’Europe. On parle de référendums pour l’adhésion de la turquie. On fait des congrès sur l’adoption de la constitution. Mais qu’est-ce que ces « consultations » signifient vraiment ? Le vote, aujourd’hui, c’est oui, ou c’est non. Oui à l’adhésion, oui à la constitution. Sur l’autoroute du futur, il n’y a que deux voix, ou plutôt deux sens. On avance, ou on recule. C’est du moins ce que l’on veut nous faire croire. Parce que voter contre la constitution, c’est, selon les raccourcis de Hollande et des autres, voter contre l’Europe. De toute façon, c’est trop tard, nous sommes sur l’autoroute de l’Europe, elle se fera, avec ou sans notre avis. Et si on voulait voter « non, mais » ? Non à une Europe ultra-libérale et avant tout économique, mais oui à une autre vision, où l’on réfléchirait à d’autres solutions pour demain, où l’écologie serait un sujet important, où l’on proposerait un autre modèle à tous ces pays qui ne peuvent que se plier à la conquête des États-Unis, à la pensée d’un monde unique. Pour finir d’user une phrase qu’on entendra plus dans dix ans, « nous n’héritons pas de la terre de nos ancêtres, nous l’empruntons à nos enfants » ; franchement, quelle banque tablerait sur notre projet de monde à quelques siècles d’échéance ?

A des élections, on vote gauche, ou droite ; ou plutôt aujourd’hui, on vote contre la droite, ou contre la gauche ; peu de projets sont des projets à visions positives, ou alors ils n’aboutissent pas. On propose de colmater les brèches, de diminuer les nids de poule avec du mauvais goudron. Où sont les JFK, les Martin Luther King et leurs rêves, tous ces galvanisateurs de pensées positives qui ont fait les quelques grandeurs et les quelques espoirs du 20ème siècle ? Aujourd’hui, on se contente de constater que Sarkozy va passer, parce que c’est le seul à avoir assez de « charisme » sur une scène politique de fantoches. Aujourd’hui, le leader de la culture s’appelle Pascal Nègre, ironie curieuse, il n’y a plus d’artistes, il n’y a que des copies, « écrites » dans l’ombre par des producteurs et des calculatrices.

Nous sommes sur une autoroute, et nous marchons à reculons. Ne surtout pas voir ce qui vient, ne surtout pas se demander si la route est la bonne. De toute façon, sur les chemins non goudronnés, on va moins vite ; alors nous avons déjà perdu.

Luc-Jérôme André Luc-Jérôme André
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