Pas de faux-pas pour les futures étoiles du ballon rond
Des centres de formation toujours plus rentables.
Le 8 décembre 2005.
Dans les centres de formation des grands clubs de football, nombre de jeunes rêvent de devenir l’une des icônes du ballon rond. Mais la logique quasi libérale appliquée à leur formation ne laisse pas de place pour les faux-pas.
Aujourd’hui, par obligation légale, chacun des clubs de foot de première division possède un centre de formation. Chacun de ces centres accueille chaque année un nombre conséquent de jeunes joueurs, en général remarqués pour leur talent, en France ou à l’étranger. Mais parmi ces sélectionnés, tous ne deviendront pas professionnels. Certains seront amenés à quitter leur formation avant terme, faute d’avoir progressé comme l’espéraient les recruteurs. Et même ceux qui auront suivi entièrement la formation n’ont aucune assurance d’effectuer une carrière professionnelle. Seul un joueur sur trois jouera en première division.
La durée de ces formations est de cinq ans, dont quatre en internat. Les aspirants s’entraînent de 12 à 15 heures par semaine, jouent un match tous les dimanches, et doivent néanmoins suivre une scolarité similaire à tous les jeunes de leur âge. Bien sûr, leur emploi du temps scolaire est aménagé. Au début de leur formation, les jeunes joueurs sont aspirants professionnels. Pendant deux ans, sous contrat, ils sont rémunérés 153 euros par mois. A la suite de quoi ils passent stagiaires professionnels, et touchent alors entre 500 et 765 euros mensuels. Tous ces salaires sont fixés par la charte du football. Bien entendu, rien n’empêche les clubs de verser une somme plus conséquente à un joueur qu’ils estimeraient prometteur. Au risque de tourner prématurément la tête de jeunes joueurs qui finiront peut-être malgré tout sur la touche d’un terrain de CFA2.
Une logique d’entreprise
Seulement, la formation est longue. Et nombreuses sont les occasions de trébucher. Que ce soit par manque de progrès sur le terrain, ou même suite à une blessure, qui va immobiliser un jeune plusieurs mois, pendant lesquels il aura mille fois l’occasion d’être écarté. La logique de rentabilité touche depuis longtemps déjà les centres de formation. Avec pour conséquence la nécessaire efficacité du joueur en devenir. Et le phénomène ne fait que s’accentuer avec le rachat depuis quelques années des clubs les plus prestigieux par de grandes entreprises. Pathé à Lyon, M6 à Bordeaux, Pinault à Rennes, et depuis quelques temps déjà Adidas à Marseille et Canal+ à Paris. Autant d’entreprises qui ne supportent aucune faiblesse. Mama Sow, Directeur Technique National du Football au Sénégal, soulignait récemment que « l’intérêt et les gains orientent le projet, le joueur lui-même se trouvant relégué au second plan. C’est ainsi que des dirigeants de clubs se sont érigés aujourd’hui en véritables affairistes. »
Certains clubs organisent même des structures parallèles, par manque de places, ou dans l’attente de la confirmation des talents, en général dans des clubs partenaires amateurs. Or, ces structures échappent à tout contrôle, et les conditions de vie et de séjour peuvent s’avérer catastrophiques, notamment pour les joueurs recrutés à l’étranger. Dans un sport dont les revenus sont faramineux, on ne peut hélas pas s’étonner que les méthodes les plus agressives du libéralisme s’appliquent. La réduction des coûts incluse. En oubliant souvent des jeunes pour qui le football ne reste plus un jeu longtemps.
Luc-Jérôme André
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