En attendant

Et vous, que faites-vous en attendant le métro ? Il aura suffit d’une question pour désarçonner les voyageurs en transit à la station Bonne Nouvelle. En attendant ? Drôle de question en effet. Que peut-on faire quand on a rien à faire ? Comment ce moment perdu, hors du temps des vies de chacun, peut finalement amener à autre chose d’inattendu, d’insolite : La liberté du divertissement. De réflexions d’usagers en passages d’une pièce de Beckett, En attendant propose de s’attarder sur le vide du temps suspendu. Entre deux métros.

Le film

Fiche technique

Titre : En attendant
Durée : 3’38 »
Réalisateurs :  Laura Touchet, Sylvain Egret, Luc-Jérôme André
Auteur : Luc-Jérôme André
Images :  Laura Touchet
Monteur : Luc-Jérôme André
Casting : Sylvain Egret (Estragon), Luc-Jérôme André (Vladimir)

Propos

Dans les couloirs des stations de métro, on ne fait jamais que passer. D’un escalier à l’autre, tous pressés. Le déplacement n’est plus depuis longtemps considéré comme une opportunité, il doit donc être le plus rapide possible. Mais c’est quand on arrive à destination dans ce dédale, sur le quai, que vient le pire : l’attente. Attendre, c’est forcément une perte de temps. Alors que le déplacement dans la station ne tient qu’à notre propre vitesse, l’attente est, elle, assujettie à un élément non maîtrisé. Comment met-on à profit ce temps perdu, que l’on ne peut réduire. Ce moment où, étudiant en vadrouille, homme d’affaires entre deux trains, on ne peut plus rien. Et où l’on retrouve, finalement, toute sa liberté.

Des auteurs se sont intéressés à ce que symbolise l’attente. Becket, dans En attendant Godot, présente des personnages passifs, en attente de quelqu’un (ou quelque chose), un certain Godot qui n’arrivera jamais. Dès lors, pourquoi ne pas faire dialoguer Vladimir et Estragon, les deux personnages principaux de la pièce de Beckett, avec ces passants improbables. En attente d’un métro, en attente d’un hypothétique arrivant, rien n’est plus évident. Où vont les esprits des usagers ? Comment tue-t-on le temps ?

« Je lis, j’écoute, je rêve… j’attends ». Il y a bien mille manières de vivre et de ressentir cette attente. La course infernale des Parisiens s’arrête, le temps de quelques minutes. Agacement pour certains, soulagement pour d’autres. Un quai qui se remplit, progressivement, d’individus enfermés dans leur tête. « Je pense à mon boulot, j’y suis encore… Je rêve à tous mes projets… Je regarde les gens, leurs attitudes… Je m’inspire de leurs vêtements… Je suis dans une bulle… ».

Godot, ici, l’objet de l’attente, est peint de vert et de blanc… Et à la différence de l’œuvre de Beckett, il finit toujours par arriver. Le métro oblige les gens à l’attente, et à une patience forcée. Il suffit de demander au passant. « Deux minutes, c’est rapide. Quand il faut en attendre huit, je l’avoue cela m’agace… » Victimes d’un monde trop rapide ; l’attente devient un vide à combler à tout prix. L’objet incontournable de la majorité des usagers est un livre ou un journal. Ont-ils lu En attendant Godot ?

Attendre. Que cela signifie-t-il quand il ne s’agit que de quelques minutes ? « C’est un paradoxe, on a l’impression que c’est long et d’un autre côté trop court pour faire quoi que ce soit », confie un des passants. N’est-ce pas une chance parfois d’être forcé d’attendre ? Ne serait-ce que pour se retrouver soi-même « au milieu d’une foule » dans une introspection que ne nous autorise pas forcément le quotidien. « Et si nous nous estimions heureux ? » propose Estragon. Et si nous acceptions le fait que la machinerie nous oblige à l’attendre… Et que c’est bien ainsi ?

Le film présente donc en alternance les réflexions des usagers, et des passages de la pièce En attendant Godot, dans le but de présenter une réflexion décalée sur ce qu’est l’attente. Ainsi, à travers des angles multiples, le spectateur est-il amené à s’interroger sur ce que peut apporter le vide du temps suspendu.

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