L’Europe et sa constitution

L’Europe se bâtit depuis la fin de la deuxième guerre mondiale. Par la construction d’un espace économique, initiée par la Communauté du Charbon et de l’Acier en 1953, le but de cette union était d’établir une paix durable et indéfectible entre les peuples qui la composent. A travers l’axe franco-allemand, l’on devait réunir l’ouest du continent. La chute de l’empire soviétique a commencé à changer la donne, en amenant la CEE à intégrer les pays de l’Est.

Cependant, l’idée même d’une constitution n’était jamais abordée. Ce tabou a été brisé en mai 2000 par le ministre allemand des affaires étrangères Joschka Fischer, auquel Jacques Chirac emboîta le pas un mois plus tard. Dès lors, l’idée avance très vite. Valéry Giscard d’Estaing est nommé à Laeken président de la convention chargée de la rédaction de la nouvelle constitution, secondé par MM. Amato et Dehaene. Entre mars 2002 et juin 2003, la convention travaille à la rédaction du texte, destiné à remplacer les anciens traités régissant actuellement l’Union européenne, et notamment le traité de Nice, qui induit un système de prise de décisions largement inéquitable. La Constitution subit plusieurs révisions avant d’être adoptée le 18 juin 2004 par le Conseil européen et ratifiée par les vingt-cinq chefs d’Etats à Rome le 29 octobre 2004.

L’adoption du texte

Nombreuses ont été les contestations depuis l’application du traité de Maastricht. L’augmentation du coût de la vie courante, et donc une baisse du pouvoir d’achat dans les pays les plus favorisés, ont amené beaucoup plus de reproches que de louanges au passage à l’Euro.

La ronde des adoptions qui a suivi dans chacun des vingt-cinq pays membres a depuis démontré plusieurs choses. Dans les pays ayant eu recours au référendum, le vote s’est souvent distingué par un abstentionnisme prononcé. Le peu de communication autour du texte, la complexité de ses articles et sa longueur y ont fait beaucoup, ainsi que l’avis souvent unanime des partis majoritaires.

A souvent été évoqué le désintérêt du public pour ces questions. Cependant, ce désintérêt est infirmé par le chiffre des ventes des différents livrets explicatifs de la constitution en France. Ce que l’on retrouve bien, par contre, dans les populations est un sentiment généralisé de fatalisme, qui fait dire à tous que nous n’avons pas d’autre choix que de continuer sur une voix déjà tracée. Sentiment qui est loin d’avoir été enraillé par l’incitation du président de la république à « ne pas avoir peur ». On en arrive finalement à de telles extrémités qu’une déléguée du gouvernement catalan à Bruxelles, Cristina Colom i Sanmarti, concède que « même si le résultat [du référendum] n’était pas positif pour nous, nous devons ignorer cet avis ». De même, certains textes ont été soumis deux fois aux Irlandais ou aux Danois pour qu’ils soient acceptés. Comment ne pas se dire, en tant que citoyen, que les référendums qu’on lui propose n’ont de valeur que dans le cas d’une acceptation. Valery Giscard d’Estaing, dans France Europe Express, l’a d’ailleurs lui même souligné : il craint dans le cas d’un refus qu’un nouveau texte ne soit moins à l’avantage des français, donc encore plus libéral, puisque ce texte est un texte de « compromis ».

Compromis obligatoire ?

Sous prétexte de compromis, les citoyens des vingt-cinq sont incités à accepter un texte qui ne convient réellement à personne. Deux pays comme la France et le Danemark ont en ce moment des sondages indiquant un échec du référendum, mais l’un désire un texte plus social, l’autre plus libéral. Une question se pose : Si l’Europe ne peut se faire qu’avec de si forts compromis, alors l’Union est-elle vraiment à construire ? Et surtout, est-on réellement prêt pour une Europe politique ? Car enfin, quand personne n’a envie de faire quelque chose, ou du moins pas selon les mêmes modalités, pourquoi se sentir obligé de continuer ?

Construire l’Europe est la plus grande révolution du continent, qui n’a pas été unie depuis l’empire des Francs. Or, les révolutions doivent avant tout soulever les foules, qui y voient une possibilité d’améliorer leur condition. Ici, cette construction récolte craintes et désaveux de toutes parts. Tout simplement parce que la construction de cette meta-nation que doit devenir l’Europe n’est que l’expression d’un sentiment de nécessité face à des menaces finalement mal définies : lutter contre l’impérialisme américain, défendre les cultures et le poids politique des pays qui composent l’Union. Il n’y a ici aucune réelle intention de construire quelque chose ensemble, tout juste de construire quelque chose pour tous.

Un contexte difficile

Depuis le premier sondage ayant donné le non majoritaire, la perspective d’un rejet du projet de Constitution européenne lors du référendum du 29 mai donne des ailes aux dissidents de l’UMP et du PS et du fil à retordre au Président de la République et au premier secrétaire du PS. Alors que François Hollande bataillait pour imposer « sa » version du « oui », l’on découvre que les « non » sont multiples, et de toutes les tendances. Alors que les deux ténors croyaient n’avoir à se battre que contre des anti-européens, ils se trouvent tout deux face à des positions allant de la simple révolte ambiante à la volonté d’une Europe plus forte.

Entre la réforme de l’enseignement de François Fillon qui réveille lycéens et professeurs, celle des trente-cinq heures qui a provoqué la colère des salariés, ce référendum sur le devenir de l’Europe tombe au plus mal. Quel que soit son objet, l’occasion est trop belle pour une société mécontente de se faire entendre par des dirigeants déjà marginalisés. On a à cette occasion pas à se demander pourquoi Nicolas Sarkozy a hésité à apporter au texte son soutien personnel. Une occasion de se démarquer de Jacques Chirac comme celle-ci méritait d’être envisagée. Lui qui se veut plus à l’écoute du peuple que ses condisciples a dû montrer son hésitation. Hélas, les réels problèmes posés par la première constitution européenne passent de ce fait dans l’ombre de ces luttes d’influence.

Une réflexion au sujet de « L’Europe et sa constitution »

  1. Et ça continue…

    Ce matin, Dominique Strauss-Kahn déclare qu’ « On a pas le droit, parce qu’on voudrait que ce soit mieux, de refuser ce pas en avant qu’est la constitution ». Parce que voyez-vous de toute façon, ce qui est trop libéral dans cette constitution, c’est ce qu’il y avait « avant », alors que ce qui est nouveau, c’est ce qui est « socialiste ».

    Et tout ça au réveil.

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